Je dois à ma mère Vérène l’amour des mots et l’enVie d’écrire. C’est par elle que j’ai pu décider de mon talent de vie… très vite annoncé à Mme Salamin, ma maîtresse d’école enfantine.

Dans mon tiny appartement, j’ai peu de photos issues du passé. Celles de 1969, prises lors de mon école enfantine, ont survécu à mes pérégrinations adultes. Comme bien d’autres, je kiffais à mort la maîtresse, Mme Salamin. Genre quatre ans plus tard, je la croise à la librairie Amacker, au sommet d’un escalier qui descendait dans un local gonflé de livres. Question nunuche habituelle de Mme Salamin : « Et plus tard, tu veux faire quoi ? » « Ben, écrire… » J’ai tenu sur la durée ce que je savais être mon talent de vie.

La formule consacrée voudrait que le parachute ne s’est pas ouvert loin de l’avion. Ma mère – quand elle ne façonnait pas des colliers colorés ou des minis sculptures – réalisait des textes. Elle y consacrait des après-midis, le dico ouvert, à se coltiner avec des mots drolatiques. Elle adorait, Vérène, sortir de leurs terriers des termes usagés, des idiomes, des expressions particulières pour les coucher d’une plume réfléchie sur un cahier à spirales.

Elle a été publiée chez un ami avec qui elle avait passé un contrat moral : accoucher d’une chronique mensuelle : « Le flagrant délit d’être ». Il y a eu l’enthousiasme prolixe des débuts qui s’est tari sur le long terme. Après trois ans, Vérène se battait un peu trop avec les phrases, pestait quand ça claudiquait dans l’inspiration. Elle a agi avec son réflexe de mauvaise foi bien anniviarde. Elle s’est servie du premier prétexte foireux – l’utilisation d’un conditionnel dans une phrase que l’éditeur lui suggérait de corriger – pour torpiller sa collaboration… et surtout se libérer de la contrainte !

J’ai hérité de Vérène les plaisirs des textes et un zeste de ses doutes lorsque je débute un papier. Une sempiternelle microseconde, la pensée « Est-ce que cela se goupillera comme cela doit ? » traverse mon esprit.  Je m’interroge toujours sur l’ouverture du parachute. C’est bien. C’est avec trop d’habitude que l’on s’écrase parfois, moi je dis !

Joël Cerutti

PS: Et si tu arrives à me trouver sur la photo de 1969…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *